Compte-rendu débat du 21/02/2015: Le Corps, tout en part et tout nous y ramène

COMPTE-RENDU DU DEBAT
« Le Corps, tout en part et tout nous y ramène »

DATE :                 samedi  21  Février 2015
SUJET                   Tout part du corps et tout nous y ramène

ANIMATEUR     André STAMBERGER

Quel excellent  débat!
Quelle vigoureuse et intéressante session!
Et  je le dis sans ambages ni flagornerie, cela grâce  à notre animateur du jour, j’ai nommé le ci-devant André Stamberger.

J’ai fréquenté beaucoup de cafés philo, j’ai participé à beaucoup de séminaires et autres colloques philosophiques, j’en ai conclu que « l’animateur fait la qualité du débat » et  André était à la hauteur, cet après-midi !

Tout le monde s’accorde pour lui reconnaître un savoir philosophique encyclopédique,  une facilité d’expression et une élocution exceptionnelles et last but not least un sens de l’humour…rabelaisien !

Et André l’a tout de suite montré dans son exposé d’introduction du sujet. Il émet un regret profond avec  une critique de la philosophie traditionnelle, « sorbonnarde » parce qu’elle a négligé l’étude du corps, la constatation  que nous avons un corps, source de douleur et de plaisir, un objet d’étude plus pour la médecine et la psychologie, une « réalité dévalorisée » par tous les grands noms de la philosophie classique, à commencer par Platon ; ce qui se conclut par une citation  d’Alain : « L’âme, c’est ce qui refuse le corps. » Ce corps qui a toujours été considéré comme le lieu de l’erreur ( nos sens, la vue, les trompe-l’oeil, le bâton qui parait brisé dans l’eau,etc.) et comme le lieu des  passions.

Dans un retour historique rapide, André nous  dévoile la vision « mécanique » que Descartes portait sur le corps humain et l’oppose à celle de John Locke pour qui il n’est « rien dans l’esprit qui n’est d’abord dans les sens. » Freud , lui, considère ce corps comme un « outil à conversion » des affects :Paul rougit, Pierre blêmit, leur couleur traduit leur émotion.

Pour compléter le tableau, une allusion à l’hystérie, période préhistorique de la psychologie et aux expressions corporelles trahissant l’état du corps de ceux qui les expriment : « Quel atmosphère irrespirable » pour l’asthmatique, « je n’ai pas digéré ses paroles » pour le malade de l’estomac, « j’en ai plein le dos » pour un patient souffrant de douleurs au dos. La psychosomatique est aussi mentionnée, ce qui conduit à une question fondamentale : qu’est-ce qu’être malade ?

Finalement, André enveloppe tous ces concepts avec l’évolution posthumain –surhumain—immortalité alors que, auparavant, notre corps était un « donné » intangible.Une brève vue des moyennes conduit à la question «  mon corps, cest moi ? » (Deleuze).
Le débat qui a suivi l’exposé,  complète par des questions tous les aspects non abordés par son exposé

Faut-il aborder cette reconnaissance du corps d’un point de vue moniste ou dualiste ?
Les neurosciences sont-elles le lien entre l’âme et le corps ?
Les prothèses sur le corps ne confirment-elles pas que le corps est une mécanique –certes complexe et sophistiquée–mais où  toutes les pièces sont  interchangeables ?
La douleur a-t-elle un sens ? Est-elle un signal ?
Quel devient ce corps après que la mort s’y installe?
Mon corps est-il moi ou à moi ?
A-t-on jamais entendu cette réflexion : « Je l’aime tellement que j’aime son foie! » ?

Tous ensemble dans l’audience, André y compris, nous reconnaissons que nous avons, peu de réponses à ces questions complémentaires, ce qui montre l’immense travail à accomplir, et les progrès à venir que nous préparent les sciences du corps et de la vie.

Mais nous nous sommes concentrés pendant deux heures sur ce sujet essentiel :le corps humain, question bien négligée par les philosophes. J’ajouterai que le seul regret – que j’ai exprimé d’ailleurs – était que nos références soient si anciennes et classiques. C’est ce  que André appelle la « culture ».                                                                                                                                                    Georges TAHAR

 

P.S. Livres mentionnés par André :
Le normal et le pathologique de G . CANGHILEM
Le corps aujourd’hui d’Isabelle QUEVAL