Philo Films

PHILO FILMS est une chronique des films récemment sortis sur les écrans. Elle inclut toutes les critiques émises par les audiences du café philo Gambetta qui ont bien voulu contribuer à l’enrichir et à la mettre à jour. Elle attire l’attention de l’internaute sur les problématiques philosophiques posées dans les films décrits. Elle se conclut par les évaluations personnelles des gens qui ont écrit ces revues.

 

 

 

TIMBUKTU Franco-mauritanienn, réalisé par Abderrahmane Sissako
Date sortie 10 décembre 1014
Synopsys Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane  mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans.
En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques.
Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée.
Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs
Thèmes philosophiques abordés
  •  Photo­gra­phie superbe qui met à l’hon­neur un décor que Sissako a pu obser­ver dans ce Mali où il arriva enfant.
  • Hommage au rôle des femmes intrépides  dans la résistance à la barbarie
  • Comment les extrémistes religieux  imposent leur charia et sement la terreur dans des bourgades n’aspirant qu’à vivre en paix.
  • Représentation des bourreaux, moins diabolisés (ce qui reviendrait à dire divinisés) que remis à leur place d’hommes. Grotesques, cyniques, hypocrites. Sourds et aveugles au mal qu’ils commettent.
Avis
personnels
  • Un film fort et profond, d’une grande beauté formelle
  • Le grand film de l’horreur djihadiste appliquée  dans sa totale absurdité

Compte-rendu du débat du 14/02.2015 – SENS DE L’HISTOIRE

COMPTE-RENDU DU DEBAT
DE  « L’HISTOIRE A-T-ELLE UN SENS ? »

DATE :                 samedi  14  Février 2015
SUJET                   L’histoire a-t-elle un sens ?
Peut-on changer le cours de l’histoire ?


ANIMATEUR     Nadia GUEMINI

Nous avons été gâtés avec ce débat ! Deux sujets pour une session, c’est un évènement exceptionnel et nous en avons d’autant plus profité que Nadia s’est prêtée avec bonne humeur au jeu, en nous faisant remarquer au préalable que ces deux sujets étaient  proches et ô combien complémentaires dans la discussion .Nadia a commencé par nous donner une introduction sur le sujet « l’histoire a-t-elle un sens ? » à partir de notes qu’elle avait préparées pour ce débat et que vous pouvez retrouver dans la documentation liée au débat, sur votre site

www.cafephilogambetta

Définitions sémantiques de deux mots :histoire et sens.
Parce que histoire est un des mots les plus polysémiques de notre vocabulaire, Nadia a limité son utilisation à deux concepts :

  • « discipline scientifique basée sur des recherches sur les évènements du passé et conduisant à des résultats plus ou moins acceptés et controversés »
  • « l’Histoire avec une grande H »comme disait  Perrec
  • Mythes et histoires des religions

Nadia fait alors référence à des extraits de Nietzsche (Ecce Homo) qui montrent la considérable influence négative de sa pensée sur le pouvoir des religions.

Pour le mot « sens », Nadia nous propose les deux concepts de
 signification  populaire ou à travers une interprétation herméneutique (=forme d’interprétation particulière des faits et textes, comme le pianiste interprète un morceau de musique);
orientation, direction d’un parcours conduisant à un éventuel « progrès » ?

Qui conduit à une première question : l’histoire est-elle l’évolution d’un progrès ou la réalisation d’un destin ?
Deux citations viennent  enrichir cette question :

 Dieu ne joue pas aux dés mais il s’est donné toutes les chances de ne pas perdre. (Einstein)

L’histoire est le progrès…avec les limites

et une question complémentaire qui mériterait un débat à elle seule : l’univers est-il doté d’une conscience ?

Après cette introduction, Nadia lança le débat… et sur une remarque d’un participant lui demandant de préciser la définition exacte de la question posée pour le débat, elle confirme que les deux questions citées en tête du compte-rendu peuvent être traitées .Une participante demande ensuite que l’on précise qui est le « On » , l’individu ? le peuple ? l’humanité ? des groupes ? des sectes ? et nous convenons d’écarter seulement l’individu de ce pronom indéfini. Les interventions, nombreuses et…passionnées se regroupent autour de quelques axes de réflexion :

  • Il n’y a pas que des mythes religieux, et les mythes sont des faits historiques au même titre que les évènements de l’histoire car ils ont changé – et continuent – de changer le cours de l’histoire.
  • L’histoire a-t-elle un cours ? La question est partie de l’histoire de l’état d’Israel qui pendant 3000 ans était invoqué par la prédiction « l’année prochaine à Jérusalem »  et qui s’est finalement accomplie.
  • Les hommes font certes l’histoire, mais savent-ils ce qu’ils font ?
  • Toute civilisation est mortelle après un cycle développement/apogée/décadence. N’y-a-t-il pas là une loi qui s’est vérifiée régulièrement dans l’histoire des hommes ? S’applique-t-elle aujourd’hui ?
  • Y-a-t-il des lois scientifiques qui déterminent le cours de l’histoire ?
  • L’histoire est-elle l’histoire du progrès ? Dans quels domaines?
  • Comprenons-nous l’histoire que nous vivons? La réécriture fréquente de notre histoire ne montre-t-elle pas que nous changeons souvent notre interprétation de cette histoire ?

A ces questions importantes de la discussion est venue se greffer une parenthèse intéressante sur les conditions de la naissance de l’état d’Israël, de l’histoire de la diaspora juive , du statut de celle-ci dans les états de l’Europe de l’Est. Un participant a posé à un moment la question qui tue : »Ne sommes-nous pas hors-sujet ici ? »

Pour conclure, Nadia, comme à son excellente habitude, a demandé un tour de table pour faire écho aux avis des participants au bout du débat. La majorité s’est déclarée consciente qu’elle n’avait ni les moyens – ni pour certains le désir– de  changer le cours de l’histoire, Quelques-uns ont indiqué que nous pouvions participer dans ce changement par notre solidarité professionnele, citoyenne, nationale.Un participant a proclamé sa conviction que certains êtres humains exceptionnels, ainsi que les gens de pouvoir (politique, financier, scientifique) pouvaient changer le cours de l’histoire.

Comme vous voyez, le débat a soulevé beaucoup de questions. Nous n’avons pas eu beaucoup de réponses, mais qui a dit : « La philosophie est faite pour poser des questions, non pour apporter des réponses. » ?
Georges TAHAR