Le courage : être courageux aujourd’hui, comment?

Définitions : Le courage  Vertu spécifique grâce à laquelle le sujet affronte sans faiblir le risque, le danger, la souffrance ou l’infortune. (dictionnaire de philosophie Christian Godin)

Le courage est une vertu qui permet d’entreprendre des choses difficiles en surmontant la peur, et en affrontant le danger, la souffrance, la fatigue . (Comte-Sponville dictionnaire de philosophie)

Le Robert :vieux Forme morale ; disposition du cœur . 2° Ardeur, énergie dans une entreprise. 3°Fermeté devant le danger, la souffrance. Synonymes : bravoure, cran, stoïcisme, héroïsme, vaillance, audace, hardiesse, intrépidité, témérité…

Le courage, la vertu la plus admirée indispensable au héros est à distinguer d’autres notions, comme l’audace, la témérité, la bravoure pour lesquelles le moteur de l’action n’est pas la peur, mais le désir, l’orgueil, l’honneur. L’envers en est le découragement, le contraire la lâcheté. Le courage diffère de la témérité ; elle suppose réflexion et prudence. Le mot grec andréia signifie à la fois le courage et la virilité.

Extraits de textes

Et je m’intéressais non seulement à ceux qui sont courageux face à la guerre, mais aussi à ceux qui font preuve de courage à l’égard des périls en mer, et bien entendu à tous ceux face aux maladies, à la pauvreté, à la politique ;et je pensais en outre non seulement à ceux qui sont courageux face à la douleur et aux craintes, mais aussi à ceux qui excellent dans la lutte contre les désirs et les plaisirs, que ce soit en tenant ferme ou en faisant volte face Platon Lachès

Celui qui attend de pied ferme et redoute les choses qu’il faut, pour une fin droite, de la façon qu’il convient et au moment opportun, celui-là est courageux. Aristote : eth ; à Nicomaque

Qu’il faille du courage pour penser, c’est entendu (…). La science ou la philosophie peuvent parfois dissiper des peurs en dissipant leur objet ; mais le courage, répétons-le, n’est pas l’absence de peur : c’est la capacité de l’affronter, de la maitriser, de la dominer . (…) Le savoir, la sagesse ou l’opinion donnent ou retirent à la peur ses objets. Ils ne donnent pas du courage ; Ils donnent l’occasion de s’en servir ou de s’en dispenser. (…) Le courage n’est pas un savoir, mais une décision, non une opinion mais un acte.» Comte-Sponville, petit traité des grandes vertus : le courage

Devenir courageux c’est apprivoiser la mort, la mort du corps certes, mais aussi celle du moi. (Par moi, j’entends le moi haïssable de Pascal et non celui de Freud!) À l’origine de toutes nos lâchetés dans la vie courante, et de la perte d’autonomie qui en résulte, il y a un attachement démesuré au moi. Jacques Dufresne, La pédagogie humaniste.

On doit voir les courageux, les magnanimes en ceux qui pourchassent l’injustice, non en ceux qui la commettent. Cicéron : Traité des devoirs

La vie libre ne peut se déployer comme telle que dans une explication avec le péril affronté sans crainte. Jan Patochka Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire

1er octobre

Il s’Agit de  Nietzsche’, Au  Chante fable’, Autour de  Nietzsche, perspectives’ nietzschéennes, de et par  André  Masse  Stamberger

merci à Gunther Goran

Comme presque toujours, le débat dans un café philo produit chez moi, et certainement aussi chez d’autres, d’importants effets d’après-coup; c’est d’ailleurs sa principale différence par rapport aux cours et conférences où l’on sait assez bien à la fin si le « caddy conceptuel » est bien rempli ou pas et on peut applaudir, c’est qui est illusoire après un échange au café philo.
Pourquoi ?
Après un débat au café philo, c’est comme au cinéma : la satisfaction ressentie lorsque l’écran s’éteint ne veut pas dire grande chose; si on a oublié le film le lendemain, c’était un mauvais film. Si on y pense encore des jours, des mois, voire des années après, c’était un bon film – on pourrait presque mesurer la qualité du film (et du débat) par la durée pendant laquelle il nous « hante ».
Ce qui revient à affirmer que les échanges au café philo, contrairement aux conférences, cours, séminaires, etc., n’augmentent qu’accessoirement notre savoir philosophique, leur finalité essentielle étant de nous faire penser – et on pense, plus précisément on ré-fléchit (on revient sur ses pensées) qu’après coup.
L’allemand traduit bien cette différence où penser se dit « denken » et réfléchir « nach-denken » qui signifie penser après coup, penser sur la pensée, une « méta-pensée » qui se demande quel sens ça a de trouver une solution à un problème – ce qui est l’objectif de la pensée; les animaux pensent énormément, trouvent des solutions à des problèmes difficiles mais ne réfléchissent pas sur le Sens, la finalité « méta-physique » (à savoir sur-naturel) de leurs efforts, enfermés qu’ils sont dans l’autoconservation (cf. Alain Prochiantz : « A quoi pensent les calamars ? »).
J’ai donc pensé, non !, plus exactement : j’ai réfléchi, après – coup et le thème de dimanche dernier m’est apparu d’une grande simplicité : Le degré de connaissances nécessaires (nous avant distingué d’ailleurs connaître, savoir, comprendre) pour traiter d’un sujet/thème dépend de deux facteurs:
1) du lieu, des circonstances : le même degré de connaissances, d’ »expertise » n’est pas demandé à la radio, dans des journaux (où il y a de grandes différences d’exigence) au collège, au lycée, à la fac, dans un café spécialisé – il y en a beaucoup, tels que café des sciences, de géographie, des statistiques, d’histoire, de théologie, café juridique, dîner mondain, etc.
2) de l’objet : ou plutôt, y a-t-il un objet ? Or, la philosophie au café philo n’a pas d’objet contrairement à toutes les autres disciplines : géographie, physique, psychologie, mathématique, le droit, etc., et également l’HISTOIRE de la philosophie au sens largissime : la technicité, les méthodes, les concepts, les grands philosophes, bref la philosophie instituée. Cette dernière est une expertise parce qu’elle a un objet déterminé et qui est très régulièrement confondue avec la philosophie au café, philosophie vivante, existentielle, celle à laquelle Kant, de façon prophétique, a fait allusion lorsqu’il a écrit : on n’apprend pas la philosophie on n’apprend qu’à philosopher.
Au café philo nous philosophons comme les écrivants écrivent dans les ateliers d’écriture sans se prendre pour des écrivains (cf. Roland Barthes). Je pense aussi à un auteur contemporain important, Bernard Stiegler, qui remet en valeur l’amatorat, l’amour de la philosophie et il se désigne lui-même comme philo-philosophe…La « philosophie » devrait d’ailleurs d’appeler erosophie selon le Banquet de Platon et cette question du désir propre au philosopher a été évoquée…
Les définitions d’un tel philosopher sans objet : Faire le lien entre toutes choses, penser tout le pensable, totaliser son expérience (totalisation ouverte, le contraire du totalitarisme), tisser, etc., rien de tel qu’un objet déterminé !
Donc qui peut, qui a le droit, d’assister et de parler dans un café philo quelque soit le sujet c.-à.-d. une question « philosophique » (au fond, il n’y a pas de question philosophique, il n’y a que la façon de la traiter qui est philosophique, au sens des définitions supra) qui, par définition, ne relève d’aucune science, ni humaine ni inhumaine, même si on peut très bien partir d’une question scientifique ou juridique, historique, etc., pour en évaluer les enjeux de sens ? Tout le monde, même les enfants – on philosophe d’ailleurs de plus en plus avec eux – ou seulement ceux qui ont des connaissances en histoire de la philosophie au sens largissime évoqué ci-dessus ?
La réponse va de soi : tout le monde et ce n’est pas le niveau « philosophique » qui fait problème mais la situation : il faut qu’il n’y ait pas d’urgence, de danger pour la simple survie, pour que « chaque être humain, tous les matins puisse refaire son monde » (c’est-à-dire philosopher, donner un sens à son existence, Alain – Chartier).
Pour finir, deux citations de l’ami des Cafés des Phares, Christian Godin, qui a promis de revenir animer, après sa retraite de l’université de Clérmond – Ferrand, l’année prochaine :
« …les cafés-philo sont des microcosmes de la république. On y participe non pas pour subir un examen ni même pour apprendre, mais pour tenter, avec d’autres bonnes volontés, d’arracher le maximum de sens aux absurdités et aux brutalités du monde. N’est-ce pas là, après tout, la définition même de l’activité philosophique ? » (Christian Godin)
Et aussi : « n’importe quelle interrogation, même naïve, n’importe quelle réponse, même naïve, surtout naïve, peut avoir un sens, une dimension philosophique… Que les gens philosophent dans les cafés-philo, ne signifie pas qu’ils soient des philosophes comme Descartes, mais qu’ils sont capables de se poser les mêmes questions que lui. »
Et merci à Philemon qui a su mener la barque en bon port, malgré quelques vents et courants hostiles…