éthique et morale du développement durable ?

« Carolyn Tichy – Café Philo Gambetta – 19 novembre 2016 »

C’est en 1986 que les besoins de l’humanité ont commencé à excéder les capacités productives de la Terre.
Nous sommes au 21ème siècle et les questions cruciales que je me pose sont les suivantes : Est-ce que notre société est nécessairement bonne pour l’homme que je suis ? … Voire pour l’Humanité ? Quelle éthique est défendable ? Comment éviter la dérive planétaire ? Il s’agit donc de repenser notre rapport à la vie et à la terre que nous céderons à nos enfants.
Ceci nous amène tout de suite à la définition du développement durable et soutenable du rapport Brundtland de 1987 paru sous le titre : ‘Notre avenir à tous’ :
« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »
Mais qu’est-ce le développement durable ? Le développement durable n’est pas une chose palpable que nous puissions voir ou mesurer … son idée et sa valorisation sont floues et sont affaires à polémiques … Sa « démesure » le rend difficile à cerner et les sociétés modernes prisonnières de leurs matérialisme ne savent pas de quel oeil regarder cette nouvelle gouvernance perceptible. Les bouleversements environnementaux à venir, scientifiquement reconnus, imposent une révision de notre éthique et une approche plus empirique de nos valeurs. Car comment pourrons-nous promettre un avenir à nos enfants si nous ne respectons pas nos engagements de 1987 ?
Mais avant de continuer il me semble judicieux de définir ce que nous entendons par éthique : vaste programme, mais pas tant que cela pourrait sembler. Je dirais qu’il s’agit de l’ensemble des idées qui définissent la morale d’un individu ou d’un groupe. Selon le Robert l’éthique est la science de la morale. Donc l’ensemble des conceptions morales. Elle est souvent considérée comme une réflexion sur ses fondements. Plus précisément ce sont les fondements de la métaphysique sous le questionnement
… du Bien, du Juste et de la Vertu …
On peut se poser les questions : Comment bien mener sa vie ? Comment être heureux et vertueux à la fois ? – questions universelles toujours valables de nos jours … et soutenues par la foi … pourtant en décroissance sous nos latitudes.
Le père fondateur, Aristote nous mène vers une conquête du bonheur. Il prône le juste milieu, la mesure et la prudence et invite à l’amitié. Valeurs universelles de vertu, toujours valables. Elles seront cependant remises en question par Kant qui rajoute
… la Raison, le Devoir et la Volonté … vertus bien germaniques …
Se posent donc les questions : Que dois-je faire ? Qu’est-ce qu’une bonne volonté ?
Carolyn Tichy – Café Philo Gambetta – 19 novembre 2016 Page 2
Kant fait appel à la bonne volonté et à la pureté des intentions. Pour le philosophe allemand, dont nous ne parlons presque pas lors de nos cafés philo, l’intelligence, le courage, etc. ne sont pas des choses absolument bonnes ! Leur valeur dépend de l’usage que nous en faisons.
Ceci me fait penser à Albert Einstein, père inventeur de la bombe atomique, qui sera dans un deuxième temps militant pacifiste ; Sans compter que ses travaux ont aussi servi au développement de l’énergie nucléaire …
C’est l’étude des mœurs qui varient d’après Kant. Suite à cette nouvelle approche et aux avancées technologiques qui ont bouleversé nos vies depuis le siècle des Lumières, il me semble que nos interrogations doivent être repensées. Et ceci notamment en vue des progrès techniques et scientifiques des deux derniers siècles. La question éthique se pose couramment en physique, biologie et en médecine … (euthanasie, clonage, fécondation in vitro, manipulation génétique … la liste est longue). Pourquoi ne pas introduire l’éthique en écologie ?
Mais Kant pose aussi les questions suivantes : Qu’est-ce qu’une bonne volonté ? … une volonté dont les intentions sont pures … Qu’est-ce qu’une volonté pure ? … une volonté qui obéit au concept de devoir. Ayant tendance à l’abrégé, je me dis alors : La bonne volonté ce serait d’agir par devoir !!! En bonne Allemande j’ai toutes les lumières d’alarme qui se mettent en route et je me pose la question :
Devoir par rapport à qui et à quoi ? Ce qui par un tour de passe-passe me fait revenir à l’écologie et la nature.
A titre d’exemple, la biodiversité est fortement menacée de nos jours par l’activité humaine (50 à 70 espèces meurent chaque jour, à ce rythme 50% des espèces disparaitront d’ici un demi-siècle) … il serait donc temps de revoir le rapport de l’homme à la nature.
Il s’agit plus précisément de l’assouvissement des pulsions vitales qui régissent notre éthique : volonté de vivre, satisfaction nutritive et volonté de reproduction – qui mettent l’homme en danger pour lui-même et pour la nature. (Vivre de plus en plus vieux, Faire de l’agriculture intensive un mode de nutrition au détriment des espaces et espèces naturels et se reproduire à qui mieux mieux – trois facteurs qui nuisent à notre planète et qui n’aident pas au développement durable).
Je rappelle ici que nous sommes passés de 1 milliard en 1900 à 7,5 milliards d’individus aujourd’hui… belle performance … mais comment faire vivre toutes ces personnes, sans nuire à la terre ? Ne serait-il pas nécessaire de réguler la natalité ?
A la fin du 20ème siècle, les travaux de Hans Jonas portaient déjà sur « l’éthique et la nature » (2000). Il était d’ailleurs le précurseur du développement durable avec « le principe de responsabilité » (1979). Il soulevait aussi la question de la problématique démographique.
Force est de constater que le problème du développement durable ne se pose pas sous l’angle des droits, mais des obligations et devoirs. Nous devons agir local et penser global !
Carolyn Tichy – Café Philo Gambetta – 19 novembre 2016 Page 3
Christian Godin, philosophe du 21ème siècle, propose dans son livre« la haine de la nature » une réflexion sur nos valeurs et donc sur l’éthique de nos sociétés modernes, hélas très loin de la nature. Il parle notamment du fait que l’homme d’aujourd’hui a perdu le sens de la totalité. Cela me paraît très important.
Il explique qu’il ne se conçoit plus, à la différence de son ancêtre, comme intégré dans le tout cosmique, il ne perçoit plus la société dont il fait partie comme un tout et il n’est plus capable de faire de sa vie un tout ; alors même que les problèmes et les défis sont devenus mondiaux. Pourquoi cette citation ?
Il me semble important face aux incertitudes et à la montée des nationalismes, de mettre en garde contre le repli sur soi, alors que l’enjeu est planétaire. L’économie de marché peut donner des résultats très variables, selon la manière dont sont répartis les moyens matériels et exploitées les ressources naturelles et humaines … Or, dans tous ces domaines, l’Etat et la société ont un rôle à jouer, aussi bien à l’intérieur des pays comme dans le monde.
Avec la perspective que 80% de la population mondiale vivra en ville à l’horizon 2050 (sur 9,5 milliards de personnes), nos décideurs savent qu’il faut repenser l’Urbain et l’Humain …
Et je finirais sur une note positive : nombre d’hommes et de femmes travaillent déjà à la modification de notre société …. Ils parlent de transition … une nouvelle éthique doit se mettre en place … il suffit de les voir et de les entendre … et peut-être les rejoindre …
Pour finir je lance deux questions :
Quelle humanité s’agit-il au juste de développer et de pérenniser ?
Quelle éthique du développement durable est soutenable ? …
Act local and think global !
« L’idée d’une économie qui ne croit pas est une hérésie pour un économiste.
Mais l’idée d’une économie en croissance continue est une hérésie pour un écologiste »
Tim Jackson, auteur de “Prosperity without growth. Economics For A Finite Planet” 2010

26 NOVEMBRE

A l’Entrepot’S

Nadia Guemidi

Sujet: « normal et pathologique »

à partir du livre de Canguilhem